Acte troisième – Scène IV

par Georges Grammat

Un temps. Pélopidès ressort et s’accoude à la balustrade. Il regarde Téléphas qui, manifestement, n’est point satisfait de son travail. On entend des corbeaux.

Pélopidès        Les corbeaux volent bas.

Téléphas        C’est qu’ils auront bien dîné.

Pélopidès        Je ne m’attendais pas à cela. Tu m’étonnes.

Téléphas        Pardonne-moi… quelque contrariété : la Muse me déserte.

Pélopidès        Il m’avait pourtant semblé que, depuis mon arrivée, de ses faveurs, elle te comble.

Téléphas        A la mesure d’une prostituée du Pirée, et pas même d’une courtisane de Corinthe, et encore moins de celle d’Aspasie, la fieffée compagne de notre Périclès. Elle, au moins, sut inspirer le grand homme.

Pélopidès descend quelques marches.

Pélopidès        Ta Muse, ami, tu n’as pas su convaincre.

Téléphas        Crois-tu ? Je lui ai souri. La gueuse m’a effleuré la joue, s’est permise un ricanement sinistre… et puis, a disparu en emportant, pour tout salaire, ma candeur : vois : je suis devenu commerçant. Et à ce propos, ce Poniros, ton père, existe-t-il vraiment ?

Pélopidès s’esclaffe.

Pélopidès        Hermès aussi a un père.

Téléphas        Réponds !

Pélopidès        Ses carrioles viennent charger tes poteries, que je sache.

Téléphas        De quelconques véhicules tirés par des ânes peu bavards.

Pélopidès franchit les dernières marches.

Pélopidès        Ah, ça ! Voudrais-tu aussi y voir figurer Xanthippe ? L’or de Poniros, tu le reçois.

Téléphas        Son or hypocrite se drape dans l’anonymat.

Pélopidès        Ton amertume encore. Hélas !… Les drachmes de mon père ne sont pas frappées à l’image de ta femme. Plus tard, peut-être, l’effigie de Xanthippe les ornera… si tel est le désir de nos tyrans. Sois sans crainte : Poniros, du dème de Kalamata, existe vraiment. Un noble et fier vieillard… quelque peu rancunier.

Téléphas regarde son dessin.

Téléphas        Que la peste étouffe l’animal.

Pélopidès        Mon père ?

Pélopidès vient regarder un Téléphas contrarié qui efface des traits de fusain.

Pélopidès        Tu dessines des chevaux ?

Téléphas soupire.

Téléphas        Cinquante potiers banalisent ma manière. Plus ton or me couvre, plus je me sens nu et… pour ne sombrer point dans le désarroi, je pactise avec cette noble bête qui ne craint en rien des dieux qu’elle ignore. Même mon âne, à quatre pattes devant leurs statues, ne déchoit pas.

Pélopidès pouffe.

Pélopidès        Qui te demande de te prosterner devant Dionysos ?

Téléphas        Autrefois, à son pied, je pissais. Maintenant, je favorise l’olivier : il tarde à pousser. Et pour en revenir sur le grotesque barbu, à ses pieds, la nuit, je vomis, désespéré.

Pélopidès se précipite sur les marches.

Pélopidès        Téléphas, mon ami, tu as faim ! Je vais m’occuper du pâté.

Enorme soupir de Téléphas.

Téléphas        Comment le prépares-tu ?

Pélopidès a stoppé sur le palier.

Pélopidès        Dans une feuille de figuier, avec du lard ranci, des oignons et quelques gousses d’ail.

Téléphas        Active-toi ! Le lièvre pourrait te poser un lapin.

Pélopidès disparaît à l’intérieur.

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