Acte troisième – Scène II

par Georges Grammat

Arrive, par la gauche, Pyrrhine, luxueusement vêtue de rose et affichant force bijoux. Un voile arachnéen flotte sur ses épaules. (Pyrrhine est le seul personnage à changer de tenue). Pyrrhine boîte et grimace. Elle passe devant Téléphas, l’ignorant, va s’asseoir sur le banc, ôte sa sandale.

Téléphas        Salut à toi, belle Pyrrhine. Cette foulure de cheville, attrapée sur notre escalier – assez raide, je le conviens -, te fait-elle encore souffrir ?

Pyrrhine        Quelle foulure ?

Téléphas        Allons ! ma bonne, tu ne peux avoir oublié : il y a un mois, sur ces marches-ci. Ne te souviens-tu pas de ton inopportune curiosité quand, dans la besace de Pélopidès, tu voulus regarder ?

Pyrrhine        Au diable, ta maudite mémoire ! Un caillou me blesse le pied.

Pyrrhine secoue sa sandale. Téléphas se tourne vers l’auditoire et lui parle en faux-aparté.

Téléphas        Il est vrai qu’un sac au nom de ce dieu ne peut que plaire aux femmes.

Pyrrhine        Que marmonnes-tu ?

Téléphas        Comme tout vieillard, je marmonne dans ma barbe.

Pyrrhine masse son pied endolori.

Pyrrhine        Que peins-tu ?

Téléphas        Mon désespoir.

Pyrrhine        Ah, bon. Si tu le dis. Tes propos, je n’ai jamais compris et me demande comment ma chère sœur… Téléphas, mon ami, sais-tu ce qui m’arrive ?

Téléphas        Voyons, voyons… à l’Agora, quelque autre insolent aurait-il sifflé à ton passage ?

Pyrrhine        Que tes sarcasmes t’étouffent. Dans l’ornière de ta ruelle, j’ai ramassé une obole.

Téléphas        Dans l’ornière aussi, le caillou tu as glané.

Pyrrhine        Que veux-tu dire ?

Téléphas        Rien. J’ironisai.

Pyrrhine rattache sa sandale.

Téléphas        L’argent n’a pas d’odeur, il est vrai.

Pyrrhine        Et toi, tu craches dessus ?

Téléphas        L’obole, je ne me courbe que pour la donner. Mais je te comprends : des oboles, tu n’en vois guère ; pour toi, elles sont curiosité ; seules les grosses pièces encombrent ta bourse… et t’empêchent de t’élever.

Pyrrhine        Que dis-tu encore ?

Téléphas        Quand rentre Atticos ?

Pyrrhine se lève, essaie de marcher, grimace encore, se rassoit.

Pyrrhine        Bientôt, si les Dieux le veulent.

Téléphas ricane.

Téléphas        Aurais-tu à te plaindre d’eux ?

Pyrrhine le dévisage. Un temps.

Pyrrhine        Et toi ?

Téléphas        Ils ne refusent rien à ceux qu’ils veulent perdre.

Pyrrhine se ressaie à marcher, grimace moins, va jusqu’à la statue, en revient.

Pyrrhine        Qu’aurais-je à perdre, moi ?

Téléphas        Toi ? Rien. Sauf à retourner au port… afin d’y raviver quelques souvenirs. Tu ris ? Je t’approuve. Je plaisantais. Monte. Xanthippe t’attend.

Pyrrhine le regarde. Un temps. Téléphas lève la tête sur elle.

Pyrrhine        Téléphas, tu ne m’aimes pas.

Téléphas        Ta sœur fait mon bonheur.

Pyrrhine        Qu’a-t-elle de plus que moi ?

Téléphas        Je ne la verrais pas se baisser pour une obole.

Pyrrhine s’esclaffe vulgairement – réminiscences du Pirée.

Pyrrhine        Faudrait-il encore qu’elle le puisse !

Pyrrhine monte les marches, avec difficulté. Téléphas marmonne.

Téléphas        Mes sarcasmes t’inspirent vraiment.

<= Acte 3 – Scène I                                                                Acte 3 – Scène III =>

_

_

_

_

_

_

_

_

_

_

_

_

_

_

_

_

_

_

_

_

Publicités