Acte deuxième – Scène XVI

par Georges Grammat

Entre Pélopidès par la droite, toujours aussi indolent.

Pélopidès        Je te salue, brave Atticos.

Atticos se lève. Téléphas verse du vin dans une coupe.

Atticos        Me connais-tu ?

Pélopidès        J’ai bu à ta santé dans une de tes coupes.

Téléphas        Et toi, bois dans une des miennes. La route a dû te donner grand-soif.

Pélopidès verse un peu de vin au pied du dieu barbu, boit, pivote et s’adosse à la statue.

Pélopidès        Ainsi, Atticos, tu veux voir ta femme sur des amphores de vin ?

Atticos        Par Dionysos ! Comment sais-tu cela ?

Pélopidès        Il se trouve que la belette de Téléphas m’en a informé, et il se trouve aussi que je lui ai promis des grives au miel.

Atticos s’esclaffe en se tapant sur les cuisses.

Atticos        Tu as osé corrompre sa belette ?

Pélopidès        On ne corrompt que les corrompus.

Téléphas déambule le long de la rampe.

Téléphas        Ainsi… tu es revenu.

Pélopidès va s’adosser à la statue comme précédemment.

Pélopidès        Comme prévu. Pour te servir… et aider Atticos, s’il le désire.

Atticos        Attends ! Attends !… Pourquoi le ferais-tu ?

Pélopidès regarde l’un et l’autre.

Pélopidès        Oublieux que vous êtes, et toi Atticos et toi Téléphas… Pourquoi avez-vous aidé de pauvres épaves salées et désemparées, sur le rivage échouées, à redresser la tête ?

Téléphas et Atticos se regardent. Atticos se recule, trébuche presque et s’écroule sur le banc.

Atticos        Seul, un Dieu…

Pélopidès parle, d’un ton rapide et désinvolte, en repoussant son chapeau.

Pélopidès        Si cela peut te rassurer, je ne suis rien… ou je suis Hermès. Hermès, dieu du commerce… Ton Dieu, digne Atticos.

Pélopidès désigne la statue.

Pélopidès        Toi, Téléphas, donne vite ce Dionysos à ton beau-frère et remplace-le par le Dieu de l’huile.

Téléphas ricane.

Téléphas        Le dieu de l’huile ! Vraiment ? Existerait-il ?

Pélopidès        L’homme le créera. Ne lui reconnais-tu pas ce privilège ?

Téléphas déambule toujours le long de la rampe.

Téléphas        L’homme inventa les Dieux pour mieux terroriser ses semblables. Il inventa aussi tous les Movoros du pays. Comme le scorpion, comme le rat, le sycophante prolifère. Un jour, il débarque d’un bateau venu d’au-delà des mers, et la peste, il propage. Morovos justement n’est pas Grec mais Hellène ; à Smyrne, il vit le jour… pour notre malheur à tous, comme Homère… et les perfides onguents d’Agathon…

Pélopidès        Comme la figue dont il dénonce les voleurs.

Atticos        Holà ! Que l’on s’empresse de dénoncer le dénonciateur.

Il verse à terre un peu de vin.

Atticos        A Hermès ! Dieu du commerce… et Dieu des menteurs.

Téléphas        Le vin, lui, ne ment pas. Et comme disent les Romains, ces vils copieurs, in vina veritas : il permet à la vérité de sortir – nue – du puits.

Xanthippe apparaît, baillant, en renouant son ruban.

Xanthippe        Qui doit apparaître nue ? Pyrrhine ? Oh ! Bel adolescent, ne nous as-tu point promis des grives ?

Pélopidès        Je cours en acheter.

Pélopidès sort, côté gauche, toujours aussi indolent.

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