Acte deuxième – Scène VIII

par Georges Grammat

Entre une vive Pyrrhine par la gauche. Elle s’assied sur le banc, pose son sac et regarde les deux hommes, l’un après l’autre.

Pyrrhine        Il a osé te dire non, le mécréant ?

Etonné de la violente réaction de sa femme, Atticos montre ses paumes à Téléphas.

Atticos        Par les Dieux ! Au nom de nos liens, de notre amitié, tu refuses de me le présenter ?

Monotone réaction de Téléphas.

Téléphas        Au nom de nos liens, de notre amitié, je refuse.

Pyrrhine        Ha. Téléphas refuse d’aider à notre enrichissement.

Téléphas        De participer à votre ruine.

Atticos vient se planter à côté de Téléphas qui toujours promène ses doigts dans l’eau.

Atticos        Quelle mouche te pique, à la fin ? Par les Dieux, je ne te reconnais plus.

Perplexe, Xanthippe va s’asseoir sur les marches de l’escalier, jambes écartées, mains sur les hanches, une réminiscence du Pirée ?

Xanthippe        Sans chapeau, sous le soleil, l’animal en perd l’esprit.

Téléphas se lève, essuie ses doigts sur sa tunique puis prend Atticos par l’épaule et tend un doigt vers l’Acropole.

Téléphas        Vois-tu ces statues briller, que votre foi a dressées et qui, sur le rocher, abondent ?

Atticos place une main en visière.

Atticos        Par Zeus ! je les devine ; ma vue ne s’améliore pas.

Téléphas        Combien de fois le Barbare ne les a-t-il pas abattues ?

Atticos        Trop souvent. Mais j’ai du mal à te suivre.

Téléphas        Imagine un Movoros… Tu connais Movoros ?

Atticos        Qui ne connait ce chien qui vendrait sa mère s’il la retrouvait ?

Téléphas        En effet, tu le connais. Imagine-le faisant courir l’idée d’un vin à l’effigie de Pyrrhine… un vin qui deviendrait vinaigre ?

Les femmes se dressent et se regardent, devenues muettes d’horreur. Les hommes s’assoient sur la margelle. Téléphas reprend son manège, les doigts dans l’eau. Atticos se lance un peu d’eau sur le visage.

Atticos        Par Dionysos, est-ce possible ?

Téléphas        La calomnie, Atticos, la calomnie. Notre cher Agathon connaît, qui la pratique – oh ! gentiment – et à ses heures. En peu de temps, ta femme serait honnie et votre fortune abattue… comme les statues que celles-ci remplacent… provisoirement.

Atticos        Attends !… Mais attends donc… Ton huile ne peut-elle rancir ?

Téléphas        Je n’ai pas de fortune à perdre.

Pyrrhine s’esclaffe.

Pyrrhine        Ni ta femme de vertu.

Xanthippe vient se planter devant sa sœur.

Xanthippe        La vertu d’une épouse de potier ne vaut pas celle d’une parvenue, chérie, mais l’odeur de sardine, malgré le temps qui passe, te colle encore à la peau ; que le vinaigre s’en mêle, tu sentiras en plus le cornichon.

Indignée, Pyrrhine se lève et, le lourd panier au bras, part en clopinant, en grimaçant.

Atticos        Attends, ma bonne, ne voulais-tu point offrir à ta sœur, un peu de cette belle pièce de lainage de Chalcis ?

Pyrrhine        Je la lui apporterai sous forme de tunique de Nessus.

Xanthippe s’esclaffe.

Xanthippe        En ton honneur, je brûlerai, chérie.

Pyrrhine sort par la gauche.

<= Acte 2 – Scène VII                                                           Acte 2 – Scène IX =>

_

_

_

_

_

_

_

_

_

_

_

_

_

_

_

_

_

_

_

_

Publicités