Acte deuxième – Scène III

par Georges Grammat

Entre Pyrrhine par la gauche. Si Atticos – que nous ne voyons pas encore – est toujours en blanc, Pyrrhine porte une tunique jaune, avec ruban assorti. Après quelques pas, elle s’arrête et pivote.

Pyrrhine        Par tous les Dieux, Atticos, active-toi !

Atticos (off)        J’ai déjà… ma personne à traîner, pourquoi faut-il… aussi… que je porte ton panier ?

Entre Atticos, soufflant, avec le panier d’osier chargé, d’où dépassent des rouleaux de tissus. Il s’écroule sur la margelle et pose le panier.

Atticos        Ne pouvais-tu exhiber ces tissus à ta sœur, en revenant de l’Agora ?

Pyrrhine        Sans prendre mon repas ?

Atticos        Xanthippe, que je sache, pratique l’hospitalité athénienne.

Pyrrhine        Avec un plat de lentilles.

Xanthippe        Pour toi, chérie, j’en aurais ôté les pierres.

Pyrrhine ignore ostensiblement Xanthippe et se plante devant Téléphas. Elle regarde de tous côtés et se penche sur lui.

Pyrrhine        Par les Dieux tout puissants, sais-tu qui m’a apostrophé à l’Agora ?

Téléphas        Je ne suis pas devin.

Atticos s’esclaffe en s’aspergeant le visage.

Atticos        Si mon pauvre beau-frère l’était, je crois bien qu’il se pendrait.

Xanthippe        Pourquoi se pendrait-il, imbécile ?

Téléphas        Toi aussi, beau-frère, de moi tu doutes ?

Atticos se lève et suant va regarder le travail de Téléphas.

Atticos        Non, bien sûr, mon bon Téléphas, mais…

Téléphas        Mais il y a un… mais.

Atticos        A persévérer en cette voie sans issue, le désespoir te guette.

Téléphas        L’art est un labyrinthe : on n’en sort qu’en s’élevant, comme Icare.

Atticos        En te brûlant les ailes, tout comme lui.

Téléphas        Sois en paix, Atticos. Que je perde ma foi, et je ne manquerai pas de me pendre.

Pyrrhine        Nous laisseras-tu ta vache ?

Xanthippe        A mes charmes épanouis, Pyrrhine, tu rends hommage.

Pyrrhine lève la tête sur sa sœur.

Pyrrhine        Si ton époux croyait aux Dieux, Il t’y sacrifierait.

Xanthippe s’esclaffe.

Xanthippe        Des Dieux marins auxquels de bon cœur, toi, tu t’es sacrifiée ; la saumure sur Atticos y laisse encore sa trace.

Atticos        Cessez donc les filles, vous n’êtes plus au Pirée.

Pyrrhine reprend son panier et va s’asseoir sur le banc. Téléphas cesse de travailler et regarde Atticos qui retourne à la fontaine.

Atticos        Par les Dieux, Téléphas, de quelle foi parles-tu ? Jamais, il ne me semble, ce mot n’a effleuré tes lèvres.

Téléphas        Comme les femmes, mon bon, nous avons quelque pudeur… et il m’arrive de croire en moi, de croire en mon art. La pauvreté ne me gêne pas. Le sage vit d’une poignée d’olives, d’un oignon… Mais laissons cela !… De qui suis-je censé avoir deviné la présence, mes bons amis ?

Pyrrhine        Un jeune insolent, à l’Agora, pouffait à ma vue !

Atticos        Quelque dévoyé, fils de nouveau riche assurément, qui t’a reconnue de son monde. De l’or, il portait à son poignet.

Pyrrhine        Il me disait… Il me disait… Il disait quoi, mon bon ?

Atticos        Il a dit : salut à toi, pruneau sec.

Xanthippe passe une main légère sur ses cheveux.

Xanthippe        Il a dit : raisin, et non point pruneau

Pyrrhine se dresse et échappe son sac, affectant une grimace comique.

Pyrrhine        Tu le connais ? J’aurais dû m’en douter.

Xanthippe        Quelque vieux marin de toi se souvenait et, à cet adolescent, en a fait la confidence ; et voici celui-ci qui s’est plu à m’en rapporter les propos.

Pyrrhine se rassoit, remet dans le sac un rouleau de tissu qui s’en était échappé, et reprend le sac sur ses genoux puis regarde Xanthippe, appuyée à sa balustrade..

Pyrrhine        Qui est-ce, par les Dieux ?

Xanthippe        Un jeune Dieu, précisément : il m’a trouvée belle.

Atticos        Un Dieu ?

Pyrrhine        Un ivrogne, oui !

Xanthippe        Les ivrognes te flattaient aussi, naguère…

Téléphas murmure et tendant le bras vers la statue.

Téléphas        Et des ivrognes, il en existe parmi les Dieux : tel celui-ci…

Téléphas reprend son ton naturel.

Téléphas        Xanthippe, apporte donc du vin.

Xanthippe        La ciguë, chérie, tu la prends dans du vin ou de l’eau ?

Pyrrhine        Comme toi, chérie.

Xanthippe entre dans la maison.

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