Acte deuxième – Scène II

par Georges Grammat

Un temps. Xanthippe réapparaît et descend l’escalier avec une cruche. Elle va puiser de l’eau la fontaine.

Xanthippe        Que peins-tu ? Le vase de Movoros, bin sûr ! Tu t’inclines devant ce vermisseau ? Tu prétends ne point le craindre et pourtant, mon bon, tu t’exécutes.

Téléphas        Fier de m’avoir extorqué cette amphore, de par la ville il la montrera, en se moquant de moi. Qu’importe ! Les paroles s’envolent, l’art reste. Contre son gré, Movoros s’occupe de notre célébrité… sinon de notre fortune. D’ailleurs, je peins ton image.

Xanthippe pose sa cruche sur le rebord de la margelle et va vers Téléphas. Elle regarde son travail, secoue la tête et place les mains sur ses hanches.

Xanthippe        Es-tu dément ? Mon corps n’inspire nullement cette vermine. Il la refusera comme il a refusé son propre portrait.

Téléphas        Un homme méchant n’en reste pas moins un homme, faible d’esprit et vulnérable en sa chair. Sois sans crainte : ta silhouette le comblera d’aise.

Xanthippe        L’argile froide vaut-elle une peau brûlante ?

Téléphas        Non, mais l’argile peut amener un corps inerte à quelque réaction. Laissons au misérable ses illusions.

Xanthippe lui passe la main dans les cheveux.

Xanthippe        Le charme de Pélopidès t’aurait-il convaincu ?

Téléphas        Ou son bon sens… De sagesse, Morovos ne se drape pas.

Xanthippe va s’asseoir sur le banc, à l’ombre de l’olivier qu’elle caresse.

Xanthippe        Cette visite imprévue, ne la trouves-tu pas aussi étrange qu’un rêve ? Aujourd’hui Movoros nous a empesté et Agathon, bien davantage. Et voici qu’arrive cet adolescent…

Téléphas        Ta sœur Pyrrhine vit à trois pas et évite soigneusement notre échoppe Qu’elle vienne à passer… voilà qui serait étrange.

Xanthippe        La blonde te manque.

Téléphas        Le Grec épouse la brune et rêve à la blonde.

Dans son geste familier, Xanthippe place se mains sur les hanches puis retourne chercher sa cruche.

Xanthippe        Toute dévêtue d’écume, Aphrodite sortit de l’onde.

Téléphas        Aphrodite n’existe pas.

Xanthippe       Mais Pyrrhine existe, elle, qui, tous les matins, court à l’Agora.

Téléphas        Que n’envoie-t-elle ses esclaves ?

Xanthippe        Et toi, que n’en fais-tu travailler ? Atticos t’en prêterait assurément.

Téléphas        Donne-moi un peu d’eau, cette chaleur m’accable.

Xanthippe remonte vivement dans l’appartement, redescend avec une coupe, l’emplit à la fontaine et la tend à Téléphas. Il boit, tend la coupe à sa femme, se remet au travail.

Xanthippe        Viens faire la sieste.

Un temps.

Xanthippe        Craindrais-tu la fraîcheur de mon delta ?

Téléphas        Ton langage, Xanthippe !

Xanthippe        Sent-il encore la sardine ?

Un temps. Xanthippe hausse les épaules, retourne s’asseoir à la margelle, pose la coupe, laisse aller ses doigts dans l’eau. Soupire.

Xanthippe        Attendons donc de Pélopidès le retour. Il a laissé sa besace… Je me demande ce qu’elle contient

Téléphas        Non.

Xanthippe        Il ne le saura pas.

Téléphas ricane.

Téléphas        Il le saura puisque c’est un dieu.

Xanthippe        Que celui des enfers t’engloutisse !

Téléphas        Y a-t-il autre chose à engloutir ici ?

Xanthippe remonte avec la cruche et entre dans l’appartement. Un temps. Xanthippe ressort sur le palier avec la besace, qu’elle soupèse.

Xanthippe        Elle est légère.

Téléphas        Autant que ta foi.

Un temps. Téléphas lève la tête sur sa femme. Ils se regardent. Xanthippe hausse les épaules, entre dans la pièce, en ressort les mains vides et s’accoude à la balustrade Un temps.

Xanthippe        Pyrrhine l’aurait ouverte.

Un temps. Xanthippe regarde vers la gauche.

Xanthippe        Quand on parle du loup ! La voici qui arrive, suivie par son gros époux.

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