A l'Olive de Kalamata

Une pièce de théâtre écrite par Vlàkas.

Acte troisième – Scène XXV

Un temps. Entre Movoros, comme au début, avec sa tablette et son stylet. Il tape sur la double porte. Un temps. Il va s’asseoir sur le banc. Un temps. Il regarde vers le haut.

Movoros        Grosse vaaaache !

Un temps. Movoros pivote et repart sur la gauche, accablé. Il stoppe à la voix de Pyrrhine.

Pyrrhine (off)        La grosse vache, elle te pisse dessus !

Un temps. Il revient vers la droite. On entend le tonnerre. Morovos s’arrête, tend un dos de main, cherchant la goutte et, soudain, enfoui dans son manteau, il s’enfuit comme on entend le son aigrelet et ironique d’une flûte de Pan.

RIDEAU

<= Acte 3 – Scène XXIV

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Acte troisième – Scène XXIV

Pélopidès redescend lourdement et va s’asseoir, la tête entre les mains, à côté d’Atticos. Agathon vient poser une main sur son épaule.

Agathon        Téléphas le disait : l’homme a fabriqué les Dieux, et pas l’inverse… Et le Dieu, à l’image de son créateur, se trompe autant que lui.

Un long temps. Atticos lève la tête.

Atticos        L’orage n’éclatera pas.

Un temps.

Agathon        Il passe…

Un temps.

Pélopidès        Comme hier…

Un temps.

Atticos        Et avant-hier…

Un temps.

Agathon        Pauvre Xanthippe…

Atticos        Elle a néanmoins sa Pyrrhine…

Pélopidès        Du Pirée, elles parleront…

Atticos        Du bon vieux temps…

Pélopidès        Des marins…

Agathon        Et des lentilles…

Un temps.

Agathon        Pauvre lièvre.

Atticos        Quel lièvre ?

Pélopidès        Un pâté que je viens de préparer.

Agathon        Enveloppé dans une feuille de figuier, avec des oignons…

Atticos        Avec du lard ranci ?

Agathon        Et quelques gousses d’ail.

Un temps.

Agathon        Au cimetière du Céramique, sur la tombe de Téléphas, nous le mangerons.

Atticos        Selon la coutume des vivants.

Agathon        En hommage aux disparus.

Pélopidès        Dans le respect des Dieux.

L’un derrière l’autre, ils grimpent l’escalier, au pas cadencé, raides, grotesques comme des pantins et pénètrent dans l’appartement. Un temps. Une lampe à huile s’allume.

<= Acte 3 – Scène XXIII                                                    Acte 3 – Scène XXV =>

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Acte troisième – Scène XXIII

Les deux sœurs, serrées l’une contre l’autre, le regardent fuir

Xanthippe        Regardez-le donc qui fuit ! Qu’en dis-tu, Pyrrhine ? Ah ! Nos marins burinés, que la saumure embaumait, étaient d’autre envergure.

Pyrrhine        Petite sœur.

Xanthippe        Meuuuh !

Toutes deux disparaissent à l’intérieur.

<= Acte 3 – Scène XXII                                                    Acte 3 – Scène XXIV =>

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Acte troisième – Scène XXII

Pélopidès ressort, le cratère entre les bras et le montre sur toutes ses faces : le vase est vierge de tout dessin. Pélopidès parle mécaniquement.

Pélopidès        Le cheval… de son cratère… a disparu !

Pélopidès laisse tomber le vase qui se fracasse puis se cache les yeux. A ses côtés, Xanthippe, dans les bras de sa sœur, se frappe la poitrine et profère sa réplique d’une voix rauque.

Xanthippe        Ha !… Admirez-le, son beau cheval blond… Telle qu’il m’a épousée, Téléphas voulait toujours me peindre, une grasse brune qui, du Pirée, porte encore la crasse…

Pyrrhine caresse les cheveux de Xanthippe. Pélopidès continue sur le même ton, une main sur les yeux.

Pélopidès        Certes, Xanthippe, d’Athènes, tu es la plus belle des brunes mais… l’artiste t’a vue autrement, comme dans ses rêves. Et ton nom l’a inspiré ! Que veux-tu, le Grec épouse la brune et rêve à la blonde… Homère l’a chanté : la blonde Aphrodite sortit de l’onde, couverte d’écume et Pâris enleva Hélène, blonde elle aussi…

Agathon étend le bras et secoue un doigt véhément.

Agathon        Fourbe que tu es !… Dieu ou pas, en son âme innocente, tu as introduit le poison ; et les malheureux propos du sycophante l’ont foudroyée. D’être aidée par l’homme, Téléphas supportait mal alors… poussé par un Dieu !

Plopidès retrouve son sang-froid et écarte ses bras, emphatique.

Pélopidès        Cessez donc de délirer ! Ce beau marbre portais sa fêlure.

Agathon        Quelle fêlure, insensé ? Praxitèle n’aurait pu trouver plus beau Pentélique. Ne pouvais-tu le laisser vivre dans sa non-croyance ?

Pyrrhine        Téléphas le disait : les Dieux aident ceux qu’ils veulent perdre… Et toi, comme un enfant irresponsable, tu t’es comporté.

Xanthippe s’agite, repoussant sa sœur.

Xanthippe        Que m’importe les Dieux ! Me rendront-ils mon homme ?

Atticos secoue son bras court.

Atticos        Tu arrives couvert d’or, misérable, et son éclat, de Téléphas a brouillé les yeux. Ce bracelet, ne peux-tu le cacher ?

Agathon        De l’or, cet homme n’en avait cure. Seul, son art…

Pélopidès réagit comme lapidé par la foule délirante.

Pélopidès        Oui ! Je sais… Je sais… Ses rêves, il voulait transmettre et…

Xanthippe se dresse et, férocement agrippée à la balustrade, tend le bras vers ceux qu’elle désigne, d’une voix sourde, l’un après l’autre.

Xanthippe        Des rêves ! Toujours des rêves… Pélopidès donne son or, et Atticos, les rêves, il les fabrique… et cette vermine de Movoros les consomme ! Des phallus dressés, des poitrines offertes, et des deltas épilés… Des rêves libidineux sur l’argile recréés… Mais… Mais Téléphas aimait la vie, lui ! Et les rêves, il haïssait… Et voilà pourquoi, tous, chacun à sa façon, vous l’avez tué. Téléphas ! Un homme debout, normal, aimant, bon et chaleureux… Fallait-il donc qu’on l’abatte ? Les rêves ! Voilà bien une invention de vieillards séniles, de sinistres impuissants qui, dans les bras de l’innocent adolescent, se consolent…

Xanthippe se tourne vers Movoros.

Xanthippe        Regarde-moi, Movoros, toi, l’avorton venu d’ailleurs… Xanthippe est vivante, elle ! Bien vivante…

D’un geste vif, elle dévoile sa poitrine.

Xanthippe        Tiens ! Regarde-moi, Movoros, et repais-toi !

Pyrrhine recouvre sa sœur. Xanthippe continue sur un ton à peine perceptible.

Xanthippe        Va, sycophante… et cours dénoncer Xanthippe… Cette pauvre chose qui s’est voulu femme.

La voix de Xanthippe se brise.

Xanthippe        … une simple femme…

Un temps. Tous sont figés. Un silence troublé que par l’eau de la fontaine. Et brusquement Xanthippe se dresse, impériale, dressant un bras accusateur.

Xanthippe        Va !

Movoros sort, tête baissée, par la gauche.

<= Acte 3 – Scène XXI                                                      Acte 3 – Scène XXIII =>

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Acte troisième – Scène XXI

Xanthippe réapparaît, livide, qui s’accroche la balustrade.

Xanthippe        Malheur à vous tous !

Pélopidès entre dans l’appartement. Un temps. Il ressort et balbutie.

Pélopidès        A une solive… Téléphas se balance.

Agathon / Atticos / Movoros        Pendu ?

Pélopidès entre. Dans un cri déchirant, Xanthippe se laisse glisser le long des barreaux de la balustrade.

Xanthippe        Mais pourquoi ?

Tous restent figés. Pyrrhine monte les marches – en se tordant comiquement les chevilles – et enlace sa sœur qui gémit. Agathon aide Movoros à sortir de l’eau.

<= Acte 3 – Scène XX                                                        Acte 3 – Scène XXII =>

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Acte troisième – Scène XX

Agathon montre le ciel alors que Movoros va se rafraîchir le visage à la fontaine.

Pélopidès        Une brise légère chasse le nuage noir.

Atticos        Tu dis vrai : le ciel se dégage.

Un Agathon riant pousse Movoros dans la fontaine.

Agathon        Fais tes ablutions, misérable, et viens goûter au pâté du dieu menteur.

Pyrrhine        Reste encore un peu, Pélopidès, et fais-lui honneur.

Pélopidès        Puisque tu insistes, charmante Pyrrhine.

Agathon        Et toi, sauterelle, sers-nous à boire.

Pyrrhine prend l’amphore et commence à servir. Atticos remue ses bras courts.

Atticos        D’oliviers, amis, jamais autant j’en ai vus ! A perte de vue sur la…

Un cri terrible retentit dans la maison. Pyrrhine lâche l’amphore qui se brise. Tous se figent. Pélopidès se précipite dans l’escalier, bousculant Pyrrhine.

<= Acte 3 – Scène XIX                                                        Acte 3 – Scène XXI =>

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Acte troisième – Scène XIX

Arrive un Atticos essoufflé qui passe entre les autres, figés, et pose son baluchon et va s’asseoir à la fontaine pour se rafraîchir. Movoros s’écarte.

Atticos        Singulière façon de… me faire fête… J’ai bien cru ne… ne jamais arriver. A la porte Dipylon, l’essieu de mon chariot s’est rompu dans une fondrière et… Et je marche depuis… Et n’en puis plus… Va-t-on me laisser parler seul jusqu’à la nuit ?

Pélopidès        Tu portes les nouvelles, Atticos. D’où viens-tu ? Parle, je t’en conjure.

Atticos        Xanthippe, un peu de vin, je te prie ; ma gorge est plus desséchée qu’une pente de ravin. J’arrive de Kalamata.

Agathon        Par tous les Dieux ! Toi aussi ?

Xanthippe        Y as-tu vu Movoros ?

Atticos        Bonne Xanthippe, l’orage te monte à la tête : Movoros est devant toi qui t’admire et…

Agathon        Par les Dieux ! Abrège !

Atticos        Eh, bien, voici : Poniros – charmant homme –, à un vigneron de ses amis m’a présenté et…

Pélopidès        Tu as vraiment vu mon père ?

Atticos        J’ai vu un fier et noble vieillard de ce nom et, lui-même, nonobstant son âge, a tenu à me laver les pieds avant de me servir, de ses mains noueuses, à boire.

Pélopidès        C’est tout lui, en effet.

Atticos        Poniros se sent souffrant et attend ta visite.

Agathon        La visite de qui ? Dis vite ?

Atticos désigne Pélopidès.

Atticos        De celui-ci, son fils, Pélopidès.

Pélopidès empoigne Movoros.

Pélopidès        Eh, bien, qu’as-tu à répondre à cela, misérable ?

Movoros        Qu’un noble vieillard nommé Poniros ait un fils du nom de Pélopidès n’empêche en rien ta divinité.

Pélopidès        Vil insecte ! Tu ne me crois pas ?

Movoros se dégage, réarrange sa tunique et montre ses paumes, cauteleux.

Movoros        N’es-tu point le Dieu de menteurs ?

Agathon        Si un tel Dieu devant exister, il nous ferait douter de tous les autres.

Des éclairs. Un violent coup de tonnerre secoue l’assistance.

Pélopidès        Xanthippe, va donc chercher Téléphas, que je le salue une dernière fois.

Xanthippe, comme possédée, reste figée.

Pyrrhine        Celle-ci, depuis qu’elle est riche, ses fesses elle ménage.

Comme pour chasser une mouche, Xanthippe secoue la tête puis, lentement, monte l’escalier et entre chez elle.

<= Acte 3 – Scène XVIII                                                      Acte 3 – Scène XX =>

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Acte troisième – Scène XVIII

Pélopidès        Que la foudre te transforme en cendres !

Xanthippe, puis Pélopidès, puis Pyrrhine approchent et entourent Movoros.

Pélopidès        N’as-tu point vu Poniros, mon père ?

Movoros        Poniros ? Qui est-ce ?

Pélopidès        Etais-tu vraiment à Kalamata ?

Movoros        Parmi ses milliers d’oliviers plusieurs fois centenaires, je me suis senti jeune… pour la première fois.

Pélopidès        Poniros, un vieillard fier et noble, ne l’as-tu point vu ?

Movoros        J’ai croisé des carrioles sur lesquelles des jarres…

Pélopidès        Je ne te demande point cela.

Movoros        Ne sois pas modeste : à Kalamata – comme ailleurs – Hermès est vénéré, à l’égal des autres Dieux.

Pélopidès fait valser la coupe de Movoros.

Pélopidès        Misérable !

Pélopidès regarde de tous côtés.

Pélopidès        Quelqu’un a-t-il vu Téléphas ?

Xanthippe        Il est monté placer son cheval blond à l’abri.

Pyrrhine        Toi, il t’abandonne à l’orage.

Agathon        L’artiste privilégie l’œuvre à l’original. Qu’il se décide à peindre des pommes, garderait-il les fruits ?

Agathon tend un bras vers la gauche.

Agathon        Cette fois, c’est bien lui : Atticos dans toute sa majesté suante et ruisselante.

Tous se tournent vers la gauche.

Pyrrhine        Il semble avoir sa tête des bons jours.

Xanthippe        Ha ! S’il avait de bons jours, tu ne resterais pas ici.

<= Acte 3 – Scène XVII                                                      Acte 3 – Scène XIX =>

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Acte troisième – Scène XVII

Et brusquement Téléphas rompt le charme en saisissant le cratère, en montant les marches de l’escalier.

Agathon        Où vas-tu ?

Xanthippe        Téléphas veut s’envoler sur son beau cheval blond.

Agathon        Sans toi ?

Xanthippe       De la monture, je n’en portais que le nom.

Entre par la gauche, un Movoros, langue pendante.

Movoros        Je suis fourbu.

Il va à la fontaine et s’asperge comme un jeune chien. Tous le regardent.

Agathon        Que deviendrait la société athénienne sans ses deux piliers : le parasite et le sycophante ?

Xanthippe        Purifiée.

Téléphas est accoudé à la balustrade, son cratère entre les mains.

Téléphas        Xanthippe. Tes devoirs. Donne à boire au messager.

Agathon        Messager ?

Xanthippe / Pyrrhine        Pourquoi messager ?

Téléphas        Xanthippe ! Qu’attends-tu ?

Xanthippe verse du vin dans une coupe qu’elle apporte à Movoros assis sur la margelle.

Xanthippe        D’où viens-tu, vermisseau ?

Agathon        Aurais-tu déshonoré quelque pucelle du Pirée – s’il en reste ?

Pyrrhine        Qui as-tu dénoncé en chemin ?

Téléphas        Laissez le messager reprendre souffle. La hyène, elle-même, doit pouvoir se désaltérer en paix. Elle n’en mordra que de plus belle…

Agathon        Mais pourquoi messager ?

Des éclairs se précisent. Le tonnerre se fait pressant. Morovos regarde le ciel.

Movoros        L’orage approche. Grâce aux Dieux, j’arrive à temps sous un toit complaisant.

Xanthippe        Tu n’y resteras guère si tu ne parles !

Movoros        Personne n’a pitié d’un sycophante ?

Agathon ôte son chapeau et le tripote en minaudant.

Agathon        Qu’on le pende, qu’on le pende.

Pyrrhine        Pas avant qu’il ne parle.

Xanthippe        Parleras-tu, gredin ?

Movoros        J’arrive tout droit de Kalamata.

Agathon / Xanthippe / Pyrrhine        De Kalamata ?

Pélopidès regarde un Téléphas, figé à la rambarde, qui soliloque à la façon d’un oracle.

Téléphas        Avant que l’orage n’éclate, que le temps, un instant encore, reste figé…

Agathon replace le chapeau sur son chef.

Agathon        Qu’allais-tu y faire, misérable ?

Pyrrhine        Dis vite !

Movoros        Oh, je ne m’y suis pas attardé ; le temps d’interroger quelques passants. Ah ! mes amis, quelle nouvelle.

Xanthippe        Parle, vermine !

Movoros se dirige vers Pélopidès, coupe en main. Il verse un peu de son vin aux pieds de celui-ci et porte la coupe à ses lèvres.

Movoros        Gloire à toi ! Hermès, ô Dieu tout-puissant.

Movoros boit et s’étrangle comme Pélopidès se dresse, blême.

Pélopidès        Qu’insinues-tu, méchant homme ? Mon nom est Pélopidès, ne l’ai-je point assez dit ?

Movoros        A Kalamata, nul ne connaît ce nom.

Un éclair puis un violent coup de tonnerre fige tout le monde. Là-haut, Téléphas regarde le ciel un bon moment comme un autre éclair l’illumine, sourit puis entre et ferme la porte.

<= Acte 3 – Scène XVI                                                      Acte 3 – Scène XVIII =>

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Acte troisième – Scène XVI

Agathon apparaît par la gauche.

Agathon        Qu’en est-il de la politesse des Dieux ? Oublieux Hermès ! Tu partais sans me saluer ?

Pélopidès        Je pars comme tu débarques : sans annonce.

Agathon        Tu as raison. Mes parfums, de mauvaise qualité, s’évaporent et ne me précèdent plus. Mon puant manteau même… Xanthippe ! Verse-nous du vin puisque ton esclave nous quitte.

Pélopidès se rassoit sur le banc avec Agathon à son côté. Xanthippe prend l’amphore et sert. Pyrrhine s’installe sur une marche basse. Eclairs. Tonnerre. Téléphas regarde le ciel puis va ranger son matériel et fermer les portes. Seul le cratère demeure.

Pélopidès        Que fais-tu, Téléphas ?

Téléphas        La pluie menace, tu le vois bien.

Agathon        Achève donc ton cheval, qu’il puisse s’échapper.

Téléphas        Tel qu’il est, il exprime la pensée de l’artiste : un aveu d’impuissance.

Téléphas tend un doigt rageur vers Pélopidès.

Téléphas        Blâmez celui-ci ! Il arrive, sème la confusion dans les esprits et, sa sinistre mission accomplie, repart, l’âme en paix.

Violent coup de tonnerre.

Téléphas        Et là-haut, son patron ricane.

Agathon        Ton nerf ironique te lance, mon bon ?

Pélopidès parle à l’oreille de Xanthippe qui s’esclaffe. Tout le monde rit –assez nerveusement – excepté Pyrrhine.

Pyrrhine        Va-t-on m’expliquer enfin ?

Eclairs et tonnerre. Pélopidès place sa besace sur l’épaule et cherche son bâton.

Pélopidès        Pyrrhine, as-tu vu mon bâton ?

Pyrrhine cherche, trouve le bâton, le tend à Pélopidès. Nous les voyons tous, en demi-cercle comme un chœur, figés pour les répliques suivantes, toutes sur un ton monotone jusqu’à l’arrivée de Movoros.

Pyrrhine        Attends encore un peu : Atticos ne saurait tarder.

Téléphas        Notre Hermès craint de se faire mouiller.

Xanthippe        Ou, par la foudre touché, de se transformer en pierre.

Téléphas        A Dionysos, il fera pendant et, entre dieux, de longues conversations muettes, ils auront… aux dépens des pauvres humains qu’ils se plaisent à berner.

Agathon        Nullement je ne me sens berné ; j’ai pu enfin de Téléphas honorer la table.

Téléphas        Pour la première et la dernière fois, mon bon. Pélopidès repart avec, dans sa besace, toutes ses recettes.

Agathon        Malheureux que je suis. A quoi sert d’avoir couru tout Athènes, en chantant ses louanges ?

Téléphas        Reprends donc ton ancien costume : dénigre.

Xanthippe        Regardez qui s’avance, essoufflé, au bout de la ruelle.

Pyrrhine        Atticos ?

Xanthippe        Movoros.

<= Acte 3 – Scène XV                                                        Acte 3 – Scène XVII =>

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